Ecopop : une vision nostalgique de la Suisse aux relents colonialistes

« Racistes en Birkenstock ». C’est ainsi qu’un conseiller national UDC a qualifié le comité d’initiative Ecopop lors d’un débat sur cette initiative à la Chambre basse du parlement. Outre l’aspect surprenant d’une telle déclaration, il faut reconnaître que le terme est extrême et occulte malheureusement le débat de fond. Il reflète toutefois le caractère fort sensible et très émotionnel de la question posée par Ecopop : faut-il limiter le solde migratoire annuel à 0.2% de la population moyenne et faut-il allouer 10% de l’aide au développement à la planification familiale volontaire ?

Il convient tout d’abord de rappeler le contexte entourant cette initiative. Ecopop est une association qui souhaite préserver les ressources naturelles au moyen de la limitation de la population. Ainsi, les statuts d’Ecopop définissent noir sur blanc l’objectif avoué de l’association : « diminuer à long terme la population de la Suisse et du monde à un niveau supportable sur les plans social et environnemental ». Et un membre du comité d’initiative de préciser ce niveau « idéal » à une Suisse de 4 millions d’habitants. Autant dire que pour atteindre ce niveau, il faut remonter à 1927 ! La nostalgie est ici clairement perceptible.

Venons-en au texte en lui-même : quelles seraient les conséquences de son application. À titre d’exemple, le solde migratoire autorisé se monterait à quelque 16’000 personnes pour l’année 2012, soit 65% de moins que ce qui fut constaté en réalité (45’200 immigrés net au total selon l’OFS). Pour mettre ce chiffre en relief, il est utile de rappeler que le seul besoin annuel du Jura en main d’œuvre s’élève à environ 7’500 travailleurs. Autant dire que le souhait des initiants est totalement déconnecté de la réalité économique. Et c’est sans compter les besoins des autres cantons, plus grands, et les autres classes d’immigrés, tels que les réfugiés de guerre ou les enfants.

Un autre problème s’ajoute à cela : il n’y a pas suffisamment de naissances pour maintenir la population helvétique et cette dernière est vieillissante. Cette situation fait que l’économie pourrait connaître une stagnation et le financement des assurances sociales ne serait plus garanti. Jusqu’à aujourd’hui, l’immigration a permis à la Suisse de freiner la chute du rapport entre actifs et retraités, garantissant la pérennité des assurances sociales, AVS en premier lieu.

Le texte constitutionnel prévoit également une affectation de 10% minimum de l’aide au développement à la planification familiale volontaire, notamment les moyens de contraception. La démarche se révèle donc fort cavalière : utiliser l’aide au développement et à la coopération internationale comme outil de limitation de la population, c’est détourner le but premier de cette aide, le développement des pays pauvres, pour la transformer en un levier interventionniste digne de la période des colonies.

Si l’on peut partager le souhait de préserver au mieux les ressources naturelles et les paysages idylliques de notre pays, les moyens douteux proposés par Ecopop ne font aucun sens, tant du point de vue économique qu’humain. La meilleure réponse à donner à cette forme d’extrémisme écologique est de glisser un NON clair et décisif dans les urnes le 30 novembre prochain.


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