Monsieur le Président – L’invité du NF 05.12.13

Le mois de décembre n’est pas seulement celui du temps de l’Avent ou de l’arrivée de l’hiver. Il est aussi le moment d’élire nos Présidents des Chambres fédérales et du Conseil fédéral.

Si le tournus annuel de la Présidence du Conseil national et du Conseil des Etats semble convenir à tous, certaines voix se sont dernièrement élevées afin de proposer un renforcement de celle du Conseil fédéral. Si le système actuel a ses inconvénients, notamment le manque de suivi dans les contacts internationaux, il a aussi un certain nombre d‘avantages. En effet, la présidence tournante du Conseil fédéral, en permettant à chaque parti d’occuper cette haute fonction, favorise le respect des idées différentes et des personnes qui les portent. Mais, le plus important dans un pays multiculturel est de permettre à chaque région, à chaque groupe linguistique et à chaque culture de se trouver à la tête de notre gouvernement. Si notre compréhension mutuelle est grande, il ne faut pas négliger l’importance de ce symbole qui contribue à notre unité nationale. Au-delà du poids du nombre, Romands, Tessinois et même Romanches savent qu’ils pourront présider aux destinées de notre pays.

Cette manière de faire, adaptée à notre état fédéral, est issue des équilibres qui se sont bâtis et renforcés durant de nombreux siècles et qui sont actuellement soumis à une forte pression. En effet, mondialisation et urbanisation croissante poussent à une uniformisation et à une centralisation dans tous les domaines. Le champ politique n’échappe pas à la règle et le risque est réel de voir la Suisse évoluer dans le sens d’une
démocratie sans nuance, centralisée à la « française » dans laquelle le respect du destin des minorités s’estompe. La situation du Valais, de toutes les régions périphériques et des minorités qui peinent aujourd’hui à se faire entendre est un signe tangible de cette tendance.

Renforcer la présidence du Conseil fédéral, c’est affaiblir encore un peu plus le modèle suisse du consensus et du fédéralisme. Un Président fort casserait les équilibres politiques, sociaux et culturels en donnant davantage de pouvoir à un parti et à une région de notre pays. Un tel acte ne manquerait pas de générer rapidement frustrations et tensions.

Si changement il devait néanmoins y avoir, il devrait être accompagné d’une réforme institutionnelle visant à moderniser notre démocratie et à redonner davantage de poids au fédéralisme qui perd chaque jour de sa réalité.

A ceux qui plaident pour un renforcement de la présidence du Conseil fédéral, un président tout-puissant plairait davantage aux médias mais laisserait, à terme, sur le bord de la route les régions les plus éloignées de la capitale. Finalement, quand la présidence de la Confédération nous paraît faible, c’est principalement en raison de la personnalité qui occupe ce poste plutôt que par son statut institutionnel.

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